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Nicolas Forissier : «Portons nos liens économiques à la hauteur de nos relations politiques! »

2026-02-17 - 10:56

Le monde dans lequel nous vivons est sans cesse plus mouvant, divisé et sujet à des tensions inédites depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Naturellement, l’intrication étroite des questions politiques, sécuritaires et économiques fait que ces dernières sont profondément impactées par les évolutions en cours et des rapports de force qui se manifestent avec une brutalité toujours plus grande. Dans le champ commercial, cela se traduit par la montée des rivalités, une fragmentation accrue des échanges et une recomposition rapide des chaînes de valeur. Face à ces défis, la France tient son rang sur les marchés internationaux, portée par les performances remarquables de secteurs de pointe tels que l’aéronautique, le spatial, le tourisme, l’agroalimentaire, le luxe, ou encore l’énergie. Elle figure de fait parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux de biens et de services. Elle attire également les investisseurs et talents du monde. Ce positionnement est rendu possible par le dynamisme de notre tissu économique et, en particulier, l’engagement croissant des entreprises françaises à l’export. Le caractère extrêmement concurrentiel de la compétition internationale fait de la compétitivité un enjeu majeur et nous conduit à nous mobiliser pour soutenir la croissance de nos entreprises à l’international. En tant que ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, placé auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, j’ai à cœur d’accompagner ce double dynamique de projection et d’attraction visant à consolider le rayonnement de la France à travers son adaptation accélérée aux évolutions mondiales. Cet ancrage international n’est certes pas nouveau, mais il revêt une importance particulière alors que la voix de l’Europe et de la démocratie fait l’objet d’une contestation croissante et agressive de la part de nos compétiteurs stratégiques. Dans ce contexte, nourrir notre proximité et renforcer nos liens avec les pays du continent européen, partageant nos valeurs, est essentiel. C’est le sens de l’engagement du Président de la République qui s’est rendu deux fois en Albanie en dix-huit mois, et du soutien qu’apporte la France à l’Albanie dans son processus d’adhésion à l’Union européenne. L’intensité de cette relation s’illustre également dans les domaines de l’éducation, la culture, l’administration et de la justice. Mais parce que le monde change et que la France change avec lui, nous souhaitons porter nos liens économiques à la hauteur de cette relation bilatérale ambitieuse. Alors même que nous jouissons d’atouts mondialement reconnus, la part trop modeste qu’occupe la France dans les échanges commerciaux et les investissements en Albanie est pour moi une anomalie. Les marges de progression sont donc considérables. Pourtant certaines entreprises françaises d’excellence sont déjà implantées dans le pays où elles oeuvrent à son développement et à sa transformation. Je voudrais citer Voltalia, qui exploite sur le site de Karavasta la plus grande centrale photovoltaïque des Balkans occidentaux, et qui est le premier investisseur étranger dans les énergies renouvelables. Saint-Gobain, Schneider Electric, Electricité de France, Lagardère Travel Retail, le groupe Accor, Sage Engineering, Thales, Perrault Architecture, pour ne citer que les principaux, développent également des activités dans leurs domaines de compétence. D’autres sociétés arrivent, comme Suez, ou se positionnent, comme Véolia, entreprise réputée mondialement pour son savoir-faire dans le domaine de l’eau. Cette énumération montre que la France est présente sur les secteurs les plus dynamiques et clefs du développement de l’Albanie. Le tourisme, bien-sûr, qui continue son essor remarquable, notamment à la faveur de l’arrivée massive de touristes français. Il est significatif que, avec plus de 300.000 entrées, ces derniers constituent la nationalité qui a connu la plus forte progression l’an dernier. La défense, en second lieu, secteur crucial et au fort développement dans le contexte international actuel. Les énergies renouvelables, ensuite, qui doivent permettre à l’Albanie d’atteindre d’ici quelques années la souveraineté énergétique. L’environnement, qui, après plusieurs projets centrés sur la croissance verte et le traitement des eaux, s’oriente désormais vers la gestion des déchets, secteur qualifié d’ « urgence nationale » par le Premier ministre. L’architecture, enfin, véritable vitrine de la transformation du pays. Pour autant, cette liste n’est pas exhaustive et nous portons une attention particulière au ferroviaire, domaine d’excellence de la France, comme aux enjeux de connectivité en général. Pour accompagner et stimuler cette appétence de nos entreprises pour l’Albanie, la France mobilise ses outils financiers, par le biais notamment de prêts et de financements du Trésor, et institutionnels. De fait, l’Accord intergouvernemental signé en avril 2024 a largement œuvré à susciter l’intérêt du secteur privé. Le comité de suivi de cet AIG, qui se tient aujourd’hui, est l’occasion de dresser un premier bilan des coopérations nouées et de poser les bases des engagements à venir. De même, la signature en mai dernier d’un Plan d’action franco-albanais pour l’innovation nous donne les moyens de mettre en œuvre, y compris par le biais de cofinancements, des projets en matière d’intelligence artificielle et de capacités informatiques. Enfin, l’Agence Française de Développement, implantée depuis cinq ans en Albanie, a octroyé des volumes importants de prêts et de subventions, accompagnés par une expertise technique reconnue. En tant qu’élu, très attaché aux territoires, je me réjouis de voir les collaborations fructueuses nouées entre les mairies de Chambéry et de Korça, deux villes aux profils similaires. Je n’oublie pas non plus que ces échanges économiques sont l’affaire d’hommes et de femmes qui entretiennent, pour partie, des relations personnelles avec l’Albanie, qu’ils s’y soient installés ou qu’ils en soient originaires. Certains ont même œuvré à l’implantation dans le pays d’entreprises françaises, dans le domaine de l’industrie textile (Marlotex) et de l’automobile (Delmon Group). La Chambre de commerce et d’industrie franco-albanaise (CCIFA) est précisément là pour fédérer tous ces acteurs aux profils variés et fournir un accompagnement adéquat. Cet accompagnement est essentiel, à l’instar de celui que la France apporte à l’Albanie dans son cheminement vers l’Europe qui se fait chaque jour plus concret. Alors que la question de la souveraineté européenne ne cesse de prendre de l’ampleur au sein de l’UE, l’approfondissement de nos liens économiques me paraît autant souhaitable que légitime.

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